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La Trinité

Qu’est-ce que la Trinité ? Les chrétiens sont strictement monothéistes : nous croyons en un seul Dieu, parfaitement un et indivisible. Mais le Dieu unique et un s’est révélé comme Trinité : Père, Fils (ou Parole, nous l’expliquerons plus bas) et Esprit, c’est-à-dire comme Unité de Trois.

Cette révélation de la Trinité était déjà initiée dans l’Ancien Testament :

  • Les tous premiers versets de la Bible, qui débutent le récit de la Création (Genèse 1, 1-3), évoquent Dieu, la Parole de Dieu et l’Esprit de Dieu : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit. » Et juste après, lors de la création de l’homme (1, 26), Dieu parle de lui-même au pluriel : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. »
  • Lorsqu’Abraham reçoit la visite de trois visiteurs (en Genèse 18), il les reconnaît comme une forme de manifestation du Dieu unique, et s’adresse à eux au singulier : « Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. Il dit : Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux… » (verset 3).
  • La profession de foi monothéiste d’Israël (Deutéronome 6, 4, mais justement mal traduite ici) révèle une richesse de sens bien plus grande lorsqu’on y reconnaît la foi trinitaire : « Écoute, Israël, le Seigneur, Dieu pour nous, le Seigneur est un », avec pour « un » le terme hébreu « éhad », qui s’emploie pour l’unité de plusieurs : l’homme et la femme deviennent éhad par le mariage (Genèse 2, 24), les quarante mille Israélites sont éhad peuple (Esdras 2, 64).
  • Le Livre de la Sagesse contient des descriptions très poussées de la Sagesse en qui se trouve « un Esprit intelligent et saint, unique et multiple » (7, 22) : elle est « l’émanation toute pure de la gloire du Souverain de l’univers » (7, 25), « le rayonnement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l’activité de Dieu, l’image de sa bonté » (7, 26) ; « Elle manifeste la gloire de sa propre naissance puisqu’elle partage la vie de Dieu, et que le maître de l’univers lui a donné son amour » (8, 3). On y trouve également cette prière où la Trinité est bien présente (9, 1-17) : « Dieu de mes pères et Seigneur de miséricorde, par ta parole tu fis l’univers, tu formas l’homme par ta SagesseLa Sagesse est avec toi, elle qui sait tes œuvres ; elle était là quand tu fis l’univers… Fais-la descendre du trône de ta gloire… Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit-Saint ? »
  • Et il y aurait également beaucoup à dire sur la figure de l’Ange du Seigneur, qui semble être tantôt le Seigneur lui-même, tantôt un être distinct de lui.

Même dans la tradition juive, on trouve cette interprétation quasi-trinitaire de la Torah, principalement à propos du Messie, attendu comme un être divin. Le Midrash sur les Lamentations (entre le Ve et le VIIe siècle), par exemple, à la question : « Quel sera le nom du Roi-Messie ? », répond clairement : « Son nom est : le Seigneur » (1, 16). Dans son livre Le Christ juif, l’historien juif orthodoxe Daniel Boyarin montre cette attente d’un Messie divin. Mais même sans parler du Messie, certains textes de la mystique juive font ce rapport, en Dieu même, entre l’un et le trois. Ainsi le Zohar, commentaire mystique médiéval de l’Écriture, commentant le « Shema Israel », la profession de foi monothéiste (« Shemot » 43b) : « Il y a trois occurrences du Nom de Dieu, alors comment sont-ils Un ? Car si nous disons le mot Un au terme de la proclamation, comment se fait-il qu’ils soient Un ? Le secret de cela est révélé à travers une vision de l’inspiration divine (…) : les trois ne font qu’un. » C’est tout cela qui a conduit le Docteur Benjamin Sommer, dans une conférence de 2010 sur son livre The Bodies of God, à dire ainsi : « Nous, Juifs, n’avons aucune objection théologique à la doctrine de la Trinité. »

Mais c’est surtout dans le Nouveau Testament que le mystère trinitaire est dévoilé :

  • À l'Annonciation, l'ange dit à Marie : « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1, 35) ;
  • Au Baptême du Christ, l’Esprit apparaît sous forme d’une colombe, et la voix du Père se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » (Matthieu 3, 16-17) ;
  • Au moment de remonter vers le Père, Jésus envoie les apôtres baptiser toutes les nations « au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28, 19) ;
  • Le titre divin de Seigneur est explicitement donné au Père (« Père, Seigneur du ciel et de la terre », Matthieu 11, 25), au Fils Jésus-Christ (« Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous faites bien, car vraiment je le suis », Jean 13, 13), et à l’Esprit (« Le Seigneur, c’est l’Esprit », 2 Corinthiens 3, 17) ;
  • Les rapports du Père et du Fils sont traités notamment dans la Première Lettre de saint Jean, et les lettres de saint Paul évoquent à d’innombrables reprises le rôle de chacune des trois Personnes.

Le Dieu unique et un s’est donc bien révélé comme Trinité. Mais qu’est-ce que la Trinité ? Comment Trois peuvent-ils n’être qu’Un ?

Avant de proposer des pistes de compréhension, une petite histoire. La tradition raconte comment le grand saint Augustin, alors qu’il cherchait à comprendre le mystère de la Trinité, vit en songe un enfant qui, à l’aide d’un coquillage, avait creusé un trou dans le sable de la plage et remplissait ce trou de l’eau qu’il puisait dans la mer. Saint Augustin lui demanda : « Que fais-tu là ? » L’enfant répondit : « Je mets toute l’eau de la mer dans ce trou. » « Comment », reprit l’évêque, « tu veux mettre toute l’eau de la mer dans ce minuscule petit trou ? » Et l’enfant, de lui répliquer : « Avant que tu aies réussi à mettre tout le mystère de la Trinité dans ton intelligence, j’aurai fini de mettre toute l’eau de la mer dans ce trou. » Cette histoire montre qu’il est vain de prétendre donner une explication complète du mystère de la Trinité : ce serait vouloir réduire Dieu aux dimensions de l’intelligence humaine.

Cependant, les théologiens, en recourant notamment aux concepts de la philosophie, ont proposé certaines descriptions qui peuvent aider à entrer dans la compréhension des relations divines. Le plus grand théologien du monde latin, saint Thomas d’Aquin, expliquait ainsi dans sa Somme théologique (Prima pars, questions 27 et suivantes) que le Fils et l’Esprit sont comme l’Intelligence et la Volonté du Père. Le raisonnement peut être présenté, de façon très simplifiée, de la manière suivante : connaître, c’est avoir en soi un concept de l’objet connu ; si Dieu a bien une connaissance parfaite de lui-même, il est normal qu’il y ait en lui un concept parfait de lui-même - et c’est bien cela qu’était la Sagesse de l’Ancien Testament (« le miroir sans tache de l’activité de Dieu, l’image de sa bonté », Sagesse 7, 26), c’est bien cela que saint Jean appelle le Logos (le Verbe, l’Intelligence). De même, l’Esprit est la Volonté, c’est-à-dire l’Amour qui relie le Père et le Fils.

Le mieux est sans doute de prendre une comparaison. Imaginons un aimant : un aimant est un objet constitué d’un pôle nord et d’un pôle sud d’où procède un champ magnétique. Le pôle nord et le pôle sud n’existent pas l’un sans l’autre, ni le champ magnétique sans eux : les trois n’existent qu’ensemble, formant un seul aimant ; il est impossible d’avoir l’un sans avoir les trois, et les trois ne forment qu’un. Mais on peut pousser plus loin la comparaison : aimant est aussi le participe présent du verbe aimer, ce qui convient parfaitement pour décrire l’éternelle relation d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit. Et c’est ainsi que de même que tout objet aimanté participe à l’attraction de l’aimant et devient aimant lui-même, tout homme uni à Dieu participe à cet amour éternel, à la vie divine, et reflète cet amour.

Car, fondamentalement, en se révélant Trinité, Dieu nous montre qu’il est en lui-même une éternelle relation, un éternel amour. Et c’est bien ce que nous dit saint Jean : « Dieu est amour » (1 Jean 4, 8). Non pas : Dieu « a de l’amour », non ; mais en lui-même, Dieu « est » amour, éternelle relation d’amour. C’est le cœur de la toute la Révélation : Dieu veut faire participer les hommes à cette éternelle relation d’amour qu’il est en lui-même !

Et en effet, si elle peut être pour nous objet d’intelligence rationnelle, la Trinité nous est surtout accessible dans l’expérience de la prière. Tous les auteurs mystiques, nos pères dans la foi, ont exprimé de mille manières la réalité fondamentale de la vie contemplative à laquelle tous les chrétiens et tous les hommes sont invités : notre foi au Christ nous fait participer comme fils dans le Fils unique à l’amour trinitaire.

Pour aller plus loin :