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Jésus est-il le Messie ?

La foi chrétienne est fondamentalement la foi en Jésus, que l’on appelle « Christ ». « Christ », en grec, traduit l’hébreu « Messie », qui signifie « Oint » : celui qui a reçu l’onction. Dans l’Ancien Testament, on versait une onction d’huile sur la tête de certains prêtres (cf. Exode 29, 7), prophètes (cf. 1 Rois 19, 16) ou rois (cf. 1 Samuel 16, 13). Petit à petit, on s’est mis à désigner comme « le Messie » celui qui devait venir sauver, sanctifier, gouverner et enseigner Israël, parce que l’on attendait un Rédempteur « oint » par l’Esprit de Dieu (cf. Isaïe 61, 1).

Beaucoup de passages de l’Écriture étaient reçus par le judaïsme ancien comme des prophéties sur la venue du Messie. Il ne s’agit pas, pour savoir si Jésus est le Messie, de partir de la vie de Jésus et de chercher dans l’Ancien Testament des passages qui y correspondent : ce n’est légitime que si l’on est déjà certain que Jésus est le Messie, sinon, c’est un concordisme peu recevable ; il s’agit au contraire de partir des passages qui étaient dès avant la vie de Jésus considérés comme des oracles messianiques. On peut en citer quelques-uns parmi beaucoup d’autres :

  • La figure d’Isaac, plus particulièrement dans l’épisode de son sacrifice (Genèse 22, 1-19), était associée dans la tradition juive à l’expiation des péchés et au renouvellement de la création de l’ère messianique (cf. Philon d’Alexandrie, Questions sur la Genèse III, 60) ;
  • Joseph livré par ses frères, mais finalement cause de leur salut (Genèse 37-47), était également regardé comme une figure du Messie en tant qu’il devait souffrir pour être cause du salut des hommes - on distinguait d’ailleurs deux aspects dans la venue du Messie, sa venue en tant que « Messie de Joseph » souffrant et sa venue en tant que « Messie de David » glorieux ;
  • Moïse avait décrit le Messie en disant : « un prophète comme moi » (Deutéronome 18, 15), c’est-à-dire voyant Dieu face-à-face, libérateur et médiateur de l’Alliance ;
  • La prophétie du Serviteur souffrant en Isaïe 53 était aussi attribuée au Messie en tant que « Messie de Joseph » ;
  • « Et toi, Bethléem Ephrata, tu n'es pas le moindre des clans de Juda, car c'est de toi que naîtra Celui qui doit régner sur Israël » (Michée 5, 1), prophétie sur le lieu de naissance du Messie ;
  • Etc.

On sait, historiquement, que cette attente était devenue particulièrement ardente à l’époque de la naissance et de la vie de Jésus, la venue du Messie étant considérée alors comme imminente. Suétone, dans sa Vie de Vespasien IV, 9-10, évoque cette espérance messianique du Ier siècle, que certains Juifs avaient voulu voir réalisée au moment de la révolte de 66, et qu’il attribue pour sa part à l’empereur lui-même : « De temps immémorial il régnait dans tout l'Orient une vieille tradition : les Destins avaient prédit que ceux qui viendraient de la Judée, à cette époque, seraient les maîtres du monde. Cet oracle, qui concernait un empereur romain, comme l'événement le prouva dans la suite, les Juifs se l'appliquèrent à eux-mêmes. » C’est ainsi également qu’un autre candidat à la messianité, Simon bar Korba, a eu un temps son heure de gloire de courte durée. Il est probable également que la communauté de Qumrân s’y était réunie dans l’espérance de la venue imminente du Messie.

Pourquoi à cette époque particulièrement ? Parce que c’est pour cette époque que les prophéties prédisaient la venue du Messie, tout simplement. Les principales prophéties sur la date de la venue du Messie sont celles du prophète Daniel, qui prévoyait son avènement au temps du « quatrième royaume » (Daniel 2, 39-44), et « soixante-dix septénaires » (Daniel 9, 24-25) - c’est-à-dire 490 ans - après « l’instant où fut donné l’ordre de rebâtir Jérusalem », ce qui donne, quelle que soit la date retenue comme étant celle de « l’ordre de rebâtir Jérusalem » (l’édit de Cyrus en -538, le décret d’Artaxerxès en -458, la prédication de Néhémie en -445),  la fin du Ier siècle avant Jésus-Christ ou le début du Ier siècle après Jésus-Christ.

C’est dans ce contexte qu’arrive Jésus. Marie, bien évidemment, appartient au courant mystique du judaïsme, qui attend avec une particulière ferveur cette venue du Messie ; c’est pourquoi, son cantique d’action de grâce après la conception de Jésus évoque « la promesse faite à nos pères en faveur d’Abraham et de sa race » (Luc 1, 54-55).

Jésus lui-même se présente comme ce Messie promis, commençant sa prédication par une déclaration sans équivoque : « Les temps sont accomplis » (Marc 1, 15). En Matthieu 11, 3, les disciples de Jean-Baptiste viennent lui poser explicitement la question : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » La réponse de Jésus, là encore, est sans ambiguïté : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. » C’est une référence à deux extraits d’Isaïe sur l’avènement du Messie : « Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds » (35, 5-6) ; et : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles » (61, 1). Et dans le récit des disciples d’Emmaüs, on voit Jésus montrer aux deux disciples comment toutes les prophéties de l’Ancien Testament s’accomplissent en lui : « Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (Luc 24, 27).

Certains Juifs reconnaissent Jésus comme le Messie : ils deviennent ses disciples. On retiendra en particulier la profession de foi de saint Pierre : « Tu es le Christ » (Marc 8, 29). Et après la résurrection, dans leur prédication aux Juifs, les apôtres ne se privent pas de montrer que Jésus est bien le Messie promis, qui accomplit les prophéties : « Avec vigueur [Paul] réfutait publiquement les Juifs, en démontrant par les Écritures que Jésus était le Christ » (Actes 18, 28).

D’ailleurs, après la fin du Ier siècle et la destruction du Temple, les Juifs eux-mêmes reconnaissent que « toutes les dates calculées pour la venue du Messie sont désormais passées » (Traité du Sanhédrin, XI). Il ne s’agit pas seulement de la date calculée d’après les prophéties de Daniel, il s’agit d’autres conditions de la venue du Messie qui ne peuvent plus être réalisées désormais. Jacob avait dit par exemple : « Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda jusqu’à ce que vienne le Messie et que les peuples lui obéissent » (Genèse 49, 10) ; de même, à David Dieu avait dit : « Je te susciterai dans ta descendance un successeur, et j’affermirai sa royauté, et je rendrai stable pour toujours son trône » (2 Samuel 7, 12-13). Sur la base de ces prophéties, il ne faisait aucun doute que le Messie devait naître de la tribu de Juda et de la lignée de David. Or, après la destruction du Temple en 70, les archives généalogiques étant perdues, l’appartenance à la lignée davidique ne peut plus être revendiquée ; il fallait donc que le Messie vienne avant. De même, d’après Aggée, le Messie devait aussi venir au temps du second Temple : « La gloire de cette Maison surpassera la première » (Aggée 2, 9) - or, seule la venue du Messie pouvait être plus glorieuse que la présence de l’Arche. Depuis la destruction du Temple, cette prophétie ne peut donc plus s’accomplir.

Ainsi donc, il est évident que Jésus était bien le Messie promis.

Pour aller plus loin :