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Les miracles coraniques

Considérations générales sur les miracles coraniques

Il y a dans les affirmations relatives aux "miracles coraniques" des présupposés non-dits : en quoi le fait de trouver dans un livre des affirmations que l'on jugerait étonnantes, anachroniques, impossibles à concevoir au moment de la rédaction dudit livre signerait forcément, et de manière incontestable que son auteur en serait Dieu lui même ? Est-ce que c'est comme cela que Dieu s'adresse aux hommes ? Est ce qu'il s'adresse par l’esbroufe, en cherchant à les "épater" par son pouvoir, par sa puissance, à fanfaronner devant eux du genre "t'as vu comme je suis plus puissant que toi" ou bien "t'as vu ma grosse science" ?

Ce serait là une vision très païenne de Dieu... Mais alors, quelle serait la liberté de croire ou de ne pas croire ? Et pourquoi Dieu demanderait-il aux hommes de "croire" en lui, si la seule raison de croire ce serait la manifestation indéniable, indiscutable, indubitable de cette "puissance" là ? Et pourquoi à ce moment ne pas forcer tous les hommes à croire en lui dès leur naissance par sa seule puissance ? S'il est capable de montrer sa "puissance" en rédigeant lui même des affirmations "scientifiques" étonnantes dans un livre sacré pour forcer ses lecteurs à croire en lui, pourquoi ne pas forcer directement tous les hommes à croire en lui ? Ce serait tellement plus simple et plus logique...

Et pourquoi réserver la compréhension des "miracles scientifiques" du Coran aux seuls musulmans de ces 50 dernières années et pas avant ? Pourquoi est ce que les musulmans des siècles précédents n'ont-ils rien compris de ces miracles scientifiques, pourquoi ne se les sont-ils pas appropriés en l'an 800, en l'an 1000 ou en l'an 1200 et n'ont-ils pas développé ainsi la science musulmane, leur compréhension de l'univers, du Big Bang, de la tectonique des plaques, de l'entomologie, de l'embryologie, etc., à partir de là ? Pourquoi Mahomet lui même n'a-t-il pas signalé l'existence de tous ces "miracles coraniques" ? Et pourquoi a-t-il fallu attendre 1400 ans pour trouver tout cela ? Pourquoi a-t-il fallu attendre en particulier que certains musulmans fassent fortune en publiant des livres de concordisme sur les "miracles scientifique", comme Harun Yahya, ou comme Maurice Bucaille, le médecin personnel de la famille Saoud, et qui, à ce titre, et vu la richesse des Saoud, avait beaucoup beaucoup à gagner à publier ce genre de livre...

Ces histoires de "miracles scientifiques" sont ainsi plus que douteuses... Et d'ailleurs, si l'on examine chacune des affirmations de tels "miracles", on y trouve toujours un ou plusieurs des éléments suivants :

- Un texte ambigu, à qui l'on fait dire n'importe quoi, à partir duquel on extrapole tout et n'importe quoi

- Des "vérifications" du caractère "miraculeux" qui n'en sont pas : la plupart de ces affirmations n'ont rien d'extraordinaire. Au plus, elles reflètent l'état des connaissances ou des superstitions du 7e siècle et avant, rien de plus. Au moins, il ne s'agit que d'interprétations tirées par les cheveux, qui ne sont pas en elles mêmes des énoncés de "vérités scientifiques" ou de lois de la nature, et qui n'ont rien à voir avec le sens littéral du texte

- Un lien logique "donc cela provient de Dieu" ou "donc c'est miraculeux" qui n'est jamais démontré de manière rigoureuse, mais que les musulmans naïfs sont forcés de croire sur pièce, n'osant pas questionner la parole du "savant" ou étant incapables de le faire

L'embryologie

Concernant les versets "embryologiques" du Coran (S22,5 ; 23,12-14 ; 40,67 ; 75,37-38; 96,2, avec pour certaines occurrences des "copiés-collés" quasi au mot à mot), il semble étonnant que tant de musulmans prennent cela pour un "miracle" tant ces versets...

1) Sont très grossièrement faux : l'homme ne naît pas d'une goutte de sperme, mais de la rencontre des gamètes mâle (spermatozoïde) et femelle (ovule) ; c'est d'abord la chair qui se forme chez le foetus et non les os...

2) Ne sont en fait que la reprise des connaissances classiques de l'Antiquité en matière d'embryologie. Claude Galien (Claudius Aelius Galenus), au 2nd siècle, avait ainsi écrit déjà dans ses traités de médecine des choses absolument similaires sur les étapes du développement de l'embryon et du foetus (voyez ici fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Galien et  atheisme.free.fr/Contributions/Coran_1_embryologie.htm et particulièrement cette étude détaillée, à la page 172 www.biusante.parisdescartes.fr/ressources/pdf/histmed-asclepiades-pdf-bonnet.pdf )

3) Que signifie cette "insistance" du texte coranique à répéter toujours les mêmes choses, les mêmes affirmations sur le développement de l'embryon, et qui plus est, de fausses affirmations ? Ce n'est certainement pas de "l'esbroufe" divine vu que ces affirmations sont erronnées, mais bien plutôt de l'esbroufe humaine : un ou des prédicateurs essaient d'épater la galerie, d'impressionner un auditoire bédouin plutôt crédule, en se faisant passer pour de grands savants.

Rien d'extraordinaire, donc, dans l'embryologie du Coran. Au contraire, même, vu qu'elle comporte de nombreuses erreurs, c'est un démenti absolu à toutes ces théories fumeuses de "miracles scientifiques".   

Le corps de Pharaon

On doit à Maurice Bucaille cette affabulation complète comme quoi le Coran décrirait la mort par noyade du pharaon qui pourchassait Moïse et les Juifs lors de l'Exode, lequel, selon le Coran, se serait converti à la toute dernière extrémité avant de mourir noyé, et qu'Allah aurait alors récompensé ainsi : "Nous allons aujourd’hui épargner ton corps, afin que tu deviennes un signe à tes successeurs" (S10,91). Bucaille affirmait que l'on aurait retrouvé la momie d'un pharaon mort de noyade (Mérenptah), voulant y voir alors un "miracle historique du Coran", c'est à dire le fait que le Coran aurait raconté une histoire véridique, la preuve en étant apportée par l'examen de cette momie. Or, 

1) cela ne prouve en rien que S10,91 concernerait Mérenptah... On pourrait tout à fait imaginer que ce verset ne serait qu'un commentaire du livre de l'Exode, dans la Bible, qui, des siècles et des siècles avant la rédaction du Coran racontait le passage de la Mer Rouge par les Juifs à pied sec et la destruction des armées de Pharaon par noyade. C'est d'ailleurs l'hypothèse la plus logique à formuler lorsqu'on lit tout le passage du texte coranique : il s'agit de toute évidence d'un commentaire du Livre de l'Exode, fait par un prédicateur qui cherche à convertir un auditoire - qui connait déjà l'histoire de l'Exode - à une foi nouvelle, différente de la foi juive et de la foi chrétienne. Et c'est de plus un commentaire un peu romancé car le Livre de l'Exode ne mentionne pas la noyade de Pharaon


2) il a été démontré que Mérenptah n'est pas mort de noyade mais d'athérosclérose (cf. fiche wikipedia dudit Mérenptah, qui mentionne Bucaille et cite des études postérieures qui l'ont contredit : https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9renptah#Red%C3%A9couverte_de_la_momie_de_M%C3%A9renptah_et_les_causes_de_sa_mort)

3) on ne sait pas vraiment qui était le Pharaon mentionné dans la Bible, celui que Moïse a affronté. Des études récentes semblent plutôt pointer vers Ramsès IX, au XIIe siècle avant Jésus Christ, plutôt que Mérenptah au XIIIe (http://bible-tutoriel.com/le-pharaon-qui-ne-voulut-rien-savoir-de-joseph.html )

Rien d'extraordinaire ni de miraculeux, donc, dans S10,91

Les "miracles mathématiques"

Les "miracles mathématiques" du Coran sont des coïncidences numériques découvertes dans le texte coranique et présentées comme marques de la signature divine, qui authentifieraient le Coran comme un texte divin.

L'un des plus connus concerne le nombre "19": du fait qu'il est mentionné dans le Coran (l'énigmatique verset 74,30 : "Ils sont dix-neuf à y veiller"), des apologètes ont tourné et retourné le texte coranique dans tous les sens pour trouver des coïncidences, des calculs, des combinaisons de lettres ou de mots ou de versets impliquant le chiffre 19 afin de crier au miracle. Vu le type de coïncidences, de calculs et de combinaisons, du genre "il y a 114 sourates dans le Coran, et 114 est un multiple de 19", on pourrait fort bien, à force d'acharnement en trouver pour tant et tant d'autres nombres... S'agirait-il d'autant de miracles ? Non, ce ne sont que des coïncidences que l'on pourrait trouver dans n'importe quel livre de taille comparable si l'on y travaillait avec autant d'obstination que l'ont fait les "savants" sur le texte coranique.

De plus, on n'a jamais vu jusqu'à présent aucun de ces "savant" s'engager dans une réelle démarche scientifique, avec toute sa logique et sa rigueur, pour prouver la nature "miraculeuse" des coïncidences numériques qu'il met en avant. Jamais n'est-il question d'études qui auraient été faites à la fois sur le texte coranique, et sur un groupe témoin d'écrits de taille comparable, comme l'Illiade et l'Odyssée, La Divine Comédie, les recueils des Véda, les livres de la Bible, etc. Ils y trouveraient le même genre de coïncidences numériques, que l'on peut trouver en fait dans tous les textes de taille suffisamment importante. Et c'est bien parce que ces savants sont en fait des charlatans que jamais on ne voit leurs soi-disant "miracles mathématiques" être discutés dans le monde académique, dans les revues scientifiques, parmi les vrais mathématiciens, les vrais universitaires, les vrais professeurs. Ce n'est qu'affaire de vidéos pathétiquement grandiloquentes sur youtube, de sites internet hors d'âge ou de pdf auto-édités.

Dès lors, la seule chose que démontrent ces prétendus "miracles mathématiques", c'est que ceux qui s'en prévalent comme des preuves de quoi que ce soit au sujet du Coran ne sont que des rigolos, des rustres incapables d'une réelle réflexion scientifique. 

La "barrière entre les deux mers"

Certains apologètes de l'islam, comme Zakir Naik ou Maurice Bucaille, affirment que les versets S25,53 et S55,19-20 seraient un "miracle coranique" à eux tous seuls, puisqu'ils décriraient un phénomène physique qu'il aurait été impossible à l'humanité de percevoir et encore moins de concevoir au VIIe siècle : les différences de densité entre eau douce et eau salée, qui, en certains endroits, peuvent donner l'impression d'une sorte de séparation nette entre elles, là où elles se rencontrent (embouchures du Nil, du Tigre et de l’Euphrate, par exemple).

 

S25,53 : "Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux mers : l’une douce, rafraîchissante, l’autre salée, amère. Et Il assigne entre les deux une zone intermédiaire et un barrage infranchissable"

S55,19-20 : "Il a donné libre cours aux deux mers pour se rencontrer ; il y a entre elles une barrière qu’elles ne dépassent pas

 

L'observateur avisé notera premièrement que ce phénomène de rencontre des eaux douces et des eaux salées est parfaitement connu depuis toujours, depuis que les hommes naviguent en bateau dans ces zones. Pas besoin de "miracle coranique" pour s'en apercevoir.

 

L'observateur avisé notera surtout qu'il n'est absolument pas question de différences de densité entre eau douce et eau salée, ni même de leur mélange. Le texte est beaucoup plus simple que cela. Il s'agit tout simplement de descriptions de mers d'eau salée et de mers d'eau douce (et non de cours d'eau comme le Nil), séparées entre elles par la terre ferme, mais néanmoins reliées par des cours d'eau (le "libre cours" donné aux deux mers pour se rencontrer). De telles configurations existent en Syrie avec le lac de Homs et la Mer Méditerranée, ou en Palestine avec Lac de Tibériade et la Mer Morte. L'un et l'autre lacs sont traversés par des fleuves qui se jettent dans la mer salée sans pour autant que l'eau salée ne remonte vers les lacs et ne les "salinisent" (l'Oronte pour le lac de Homs, qui se jette dans la Méditerranée au Nord de la Syrie, et le Jourdain pour le lac de Tibériade, qui se jette dans la Mer Morte, lac d'eau salée). Toutefois, vu qu’il est précisé dans d’autres versets (S35,12 ; S55,22) que les mers en question produisent chacune des « chairs fraiches » bonnes à manger et des ornements (coquillages, perles, coraux), on peut douter que la Mer Morte, complètement stérile, soit ainsi désignée. D’autres lacs existent aussi en Irak, comme le lac salé de Sawa, lac clos, alimenté souterrainement par l’Euphrate mais sans que ce fleuve ne le traverse. Faut-il y voir le "barrage infranchissable" mentionné en S25,53 ? Quoi qu'il en soit, ce lac salé n'est pas relié visiblement à une quelconque "mer" d'eau "douce, rafraichissante".

 

Au passage, l'observateur avisé notera enfin que ces « deux mers » semblent bien connues des auditeurs de la prédication plus ou moins retranscrite dans le Coran. Ceux à qui elles s'adressent mangent en effet du produit de la pêche de ces deux mers (mer salée, lac d'eau douce), et voient les bateaux qui y naviguent : 

S12,12 : "Les deux mers ne sont pas identiques : [l’eau de] celle-ci est potable, douce et agréable à boire, et celle-là est salée , amère. Cependant de chacune vous mangez une chair fraîche et vous extrayez un ornement que vous portez. Et tu vois le vaisseau fendre l’eau avec bruit, pour que vous cherchiez certains [de produits] de Sa grâce. Peut-être serez vous reconnaissants"

Or on ne trouve une telle configuration d’une mer d’eau douce située dans une relative proximité d’une mer d’eau salée ni en Arabie, ni dans l’Irak antique (à moins de considérer comme une « mer » le Chatt-al-Arab, l’estuaire commun des fleuves Tigre et Euphrate se jetant dans le Golfe Persique). Il s'agirait donc plutôt de la Syrie, avec le lac de Homs (lac qui pourrait fort bien être mentionné de plus en S95,1, qui évoque le « figuier » par allusion probable au « Mont des Figuiers », une île émergeant de ce lac). Voilà qui invalide tout scénario faisant de La Mecque la ville de la « révélation » islamique...

 

Bref, comme toujours en matière de « miracle coranique », il s’agit encore une fois d’extrapolations qui ne s’appuient que très lointainement sur la littéralité du texte coranique et bafouent son sens réel.